Témoins de Jéhovah : le scandale silencieux

Les témoins de Jéhovah, organisation religieuse au réseau mondial, cultivent le plus grand secret. Un ancien membre d’une congrégation havraise raconte et dénonce la désinformation entourant ces pratiques, en particulier en France.

Les témoins de Jéhovah, une organisation officiellement créée en 1931, se déclarent comme un courant religieux millénariste relié à l’Église chrétienne, Jéhovah désignant Dieu. Aujourd’hui, l’organisation compte environ huit millions de fidèles. Ce groupe fascine de part les rumeurs qui circulent à son sujet. Les récents procès ravivent l’attention sur les membres de congrégations. Ce mouvement, de portée mondiale, connaît aujourd’hui de nombreuses difficultés : plaintes pour pédophilie et attouchements sexuels sur mineurs, baisse du nombre de fidèles, vente de lieux de cultes à cause de soucis financiers, témoignages à charge d’anciens témoins sur les conditions de vie au sein de ce qu’ils qualifient de “secte”…

Alexandre Cauchois, ancien membre des témoins de Jéhovah du Havre, raconte son parcours. Né au sein du groupe, il a grandi entouré des membres de la congrégation et a toujours suivi les préceptes du jéhovisme. En 2001, à l’âge de 25 ans, il quitte de son plein gré les témoins avec sa femme. Ses parents, encore témoins, coupent tout contact avec lui. En effet, dès lors qu’un membre ne fait plus partie de l’organisation, il est isolé de tous les témoins qu’il fréquentait jusqu’alors. “Pour mes parents, je suis mort en 2001”. Il insiste sur le danger de certaines doctrines (ne pas recevoir certains soins impliquant du sang par exemple).

A ses yeux, les témoins de Jéhovah constituent une secte à part entière qui isole ses membres de façon à garder une forte emprise sur eux, même lorsqu’ils quittent le mouvement.

Esther Taillifet est une vidéaste ayant également quitté sa congrégation. Elle témoigne de la difficulté de couper les liens avec les membres de la communauté, et de la tentation de revenir qui en découle. Le décalage social constitue une épreuve supplémentaire : “On est vraiment privé d’une partie de la culture et d’une partie de notre environnement social pour être vraiment enfermés dans ce cocon de Témoins de Jéhovah ; même si on discute quand même avec des gens de l’extérieur, il y a quand même cette bulle de verre dans laquelle on se trouve”. Elle tempère néanmoins ses propos en rappelant que la plupart des témoins qu’elles a connus sont des personnes sans dangerosité réelle, simplement persuadées de “savoir la vérité”. Alexandre Cauchois va plus loin : il se décrit lui-même comme “présomptueux” lorsque, en 2001, il décide d’aller sur Internet pour contrer les arguments des non croyants et ainsi remplir son devoir de prêcheur. A son grand étonnement, l’inverse se produit : “Il s’avère que j’ai découvert énormément de choses et que, en deux ou trois jours, je n’étais plus Témoin de Jéhovah”.

Concernant la place laissée aux Témoins de Jéhovah dans les médias, Alexandre Cauchois regrette le manque d’information et de prévention auprès de la population. Il lui apparaît comme capital de mettre au jour les agissements de certains membres de congrégations : “En France, on n’en parle pas du tout […] alors qu’en Belgique il y a un immense scandale qui est en cours, puisqu’il y un gros problème de pédophilie”. Son livre “Témoins de Jéhovah : paradis pour pédophiles” relate en détail les circonstances de certains abus, et comment les Anciens (sorte de dirigeants de la congrégation) abusent une seconde fois des victimes en les malmenant psychologiquement.  Ajoutons que les femmes ne peuvent acquérir le statut d’ Anciens, et que la victime présumée est auditionnée par un jury uniquement masculin seule, avec pour ordre de prouver avec exactitude les sévices subis. Le pardon est souvent accordé au pécheur, et les agresseurs sont souvent réintégrés dans la congrégation sans qu’aucun des autres témoins ne soit au courant. L’exemple de l’Australie (2007) est plus que frappant : “Dans ses conclusions, l’avocat principal note en réalité plus de 1800 enfants victimes, uniquement chez les Témoins de Jéhovah”.

En France, le statut des Témoins de Jéhovah reste flou. L’Etat refuse de se prononcer depuis la loi de 1905, mais la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) considère le groupe comme un mouvement à dérives sectaires. Cependant, la marge de manoeuvre est strictement restreinte : “Il n’y a pas en droit français de définition juridique de la secte, pas plus qu’il n’y a de définition de la religion” (site officiel, section “Le dispositif juridique français”). Bien que des témoignages soient en cours de collecte, aucune plainte concrète à l’encontre des Témoins n’a pour l’instant été lancée.

“Il serait tant qu’on en parle”. Pour Alexandre Cauchois, la libération de la parole est la clé pour que “le mouvement s’effondre”. En attendant la fin des multiples procès et la mise en lumière d’autres scandales, il partage son expérience à travers ses livres et ses conférences autour du monde.

 

SOURCES :

 

  • itv A. Cauchois (notes + audio)
  • livre d’A. Cauchois : “Témoins de Jéhovah : paradis pour pédophiles”
  • Wikipédia pages : Histoire des Témoins de Jéhovah, Millénarisme

 

PERRINE ARBITRE

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